Proposer des prestations traiteur haut de gamme, avec une équipe de professionnels atteints de handicaps variés et en ne travaillant que des fruits et légumes de saison : c’est le défi relevé par Biscornu. La rédaction de Handivoice est allée à la rencontre du fondateur de ce traiteur “hors normes”, Olivier TRAN.
Pouvez-vous nous raconter la naissance de Biscornu ?
Pendant une grande partie de ma carrière professionnelle, j’occupais des fonctions de management dans des sociétés classiques. Ma mission était simple : tenter de maximiser le profit de l’entreprise. J’étais très loin du monde de la restauration ; encore plus loin de celui du handicap. Mais, Alexandre mon fils aîné est atteint d’autisme sévère. Biscornu est né grâce à lui.
Nous sommes en 2020, Alexandre a 14 ans. Il est alors déscolarisé depuis fin 2018 et sans solution. Un jour, je le surprends en train de regarder des vidéos de suicide. Cela a été un vrai déclic. Je décide de faire quelque chose pour lui et les 2 millions de personnes atteintes de handicap cognitif ou mental en France. Comme Alexandre, elles sont souvent laissées de côté car “elles ne rentrent pas dans le moule”. Or, elles ont des compétences. Il ne restait plus qu’à trouver les métiers faits pour eux et les y former. Ma carrière professionnelle prend alors un nouveau tournant et un nouveau sens.
J’étudie de nombreuses pistes, avant de m’arrêter sur la restauration car la gastronomie a une force incroyable : elle parle à tout le monde. Mais surtout, elle regorge de tâches répétitives ne nécessitant pas de savoir lire, compter, ou même pour certaines d’entre elles, de disposer de compétences sociales. En associant les compétences de ces personnes trop souvent mises en marge de la société, aux qualités gustatives de produits de saison, Biscornu crée des prestations appréciées de tous.
En créant Biscornu il y a 5 ans, je tenais à démontrer que la différence n’empêche pas de délivrer des prestations de qualité et de rivaliser avec nos concurrents. C’est pourquoi Biscornu est une entreprise et non une association. Les 43 salariés permanents et les 80 extras de Biscornu ne vivent pas de l’assistanat ; ils touchent un salaire qui vient récompenser leurs compétences. Ils peuvent en être fiers.
Concrètement, comment tout cela s’organise ?

Bien évidemment, la formation est clé. Or, former des personnes atteintes de handicap demande de s’adapter à eux, tout en restant exigeant.
Regardez les métiers de cuisine, de nettoyage, d’entretien : ils regorgent de ces tâches répétitives considérées comme peu valorisantes. Les entreprises peinent à recruter et fidéliser leurs salariés. Ces tâches ne nécessitent ni de savoir lire, compter, ou, souvent, de disposer de compétences sociales. Ces métiers sont donc accessibles à des personnes qui n’ont pas ces compétences.
Autour de Biscornu, travaillent 2 structures : en amont, l’équipe de Chaméléons identifie toutes les tâches qui pourraient être confiées à des personnes atteintes de troubles cognitifs ou neuro atypiques. A.F.U.T.É. – l’Association pour la Formation Universelle aux Tâches Élémentaires – les formera ensuite.
Outre Biscornu, ces structures travaillent avec de très grosses entreprises comme GSF, dans la propreté, Accor dans l’hôtellerie ou Sodexo dans la restauration. Non seulement, ces entreprises peuvent accueillir des personnes qui en sont généralement exclues, mais leurs salariés qui ont souvent peur de la différence ressortent transformés de ces expériences.
Une anecdote en particulier ?
Tous les entrepreneurs vous le diront : les choses se passent rarement comme prévu ! Lors du lancement de Biscornu, nous avions formé nos premiers salariés, préparé de délicieuses recettes… Bref, nous étions dans les starting-blocks. Mais un détail a bouleversé les plans : nous étions en plein COVID, donc absolument aucun événement n’était organisé et sans clients, nous aurions vite mis la clé sous la porte.
Cependant, les gens avaient toujours besoin de manger. Alors, nous avons changé de fusil d’épaule et écumé les marchés des Hauts-de-Seine, où résident de nombreux cadres. Ils ont été nos premiers clients, puis nos meilleurs ambassadeurs auprès de leurs entreprises respectives. C’est sans doute grâce à cet imprévu que Biscornu a pu se développer.
Aujourd’hui, Biscornu a remporté un gros appel d’offres et prépare les événements et la restauration haut de gamme au siège d’Orange, nous avons organisé l’inauguration des locaux du Monde… Biscornu a 5 ans. L’entreprise va bien. Elle a essaimé à Bordeaux et à Lyon.
Et ce dont vous êtes le plus fier ?
L’entreprise se développe mais surtout, elle est utile. En 4 ans, j’ai vu Alexandre prendre confiance en lui et développer ses compétences. Il y a 4 ans, il avait 10 minutes d’attention sur une tâche ; aujourd’hui il est capable de porter son attention pendant 1h30. Cela lui ouvre des perspectives bien plus larges. Biscornu donne une place aux personnes mais aussi aux fruits et légumes dont la société ne savait pas vraiment quoi faire.
Lien vers cette vidéo : https://youtu.be/Ggdjk5f3VXI
Photo à la Une : Biscornu Lyon