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« Le jour où ma mère m’a tout raconté » : le roman qui porte un regard neuf sur la santé mentale.

« Le jour où ma mère m’a tout raconté » est le 1er roman de Philippa Motte, publié aux éditions Stock. Il aborde avec beaucoup de pudeur les thèmes de la santé mentale, des soins psychiatriques, mais aussi de la culture corse, de la transmission familiale et surtout celui de la fragilité humaine. L’équipe de Handivoice est partie à la rencontre de l’auteure.

Le jour où ma mère m'a tout raconté, Philippa Motte | StockPhilippa Motte, « Le jour où ma mère m’a tout raconté » est votre 1er roman, quelle est sa genèse

Il est très largement inspiré de l’histoire de ma grand-mère, dont je porte le prénom. Je ne l’ai pas connue et j’en savais peu de choses… Jusqu’au jour où ma mère m’a raconté une partie de son histoire. A son origine, « Le jour où ma mère m’a tout raconté » était une nouvelle, que j’ai offerte à ma mère. Lorsqu’elle l’a lue, elle m’a simplement dit « Si tu veux raconter cette histoire, c’est un peu court ». Alors j’ai démarré une véritable enquête. Je me suis rendue en Corse à la rencontre de ceux qui l’avaient connue, à la recherche de documents qui pouvaient m’en apprendre davantage sur cette femme au destin particulier.
J’ai alors appris qu’elle avait été internée en établissement psychiatrique. J’ai voulu en comprendre les raisons, sans juger et en respectant tous les personnages de l’histoire.  Mais en Corse, on parle peu et, dans la société en général, le sujet de la psychiatrie est encore tabou. L’écriture du livre a pris plus de 3 ans. Elle repose sur les lettres découvertes lors de ce long travail de recherche, les témoignages que j’ai recueillis, mon imagination et ma propre expérience des soins psychiatriques.

 

Vous mettez en lumière et faites parler celles et ceux qui sont internés en hôpital psychiatrique. Quels messages souhaitez-vous faire passer ?
Je voulais mettre en lumière la fragilité, certes, mais aussi et surtout rendre hommage à celles et ceux que j’appelle les « psychiatrisés » ; ces personnes qui, surtout dans les années 60, pouvaient passer leur vie en hôpital psychiatrique. Personne n’en parle autrement qu’à travers leurs troubles. Ce sont avant tout des êtres humains, avec leur fragilité et leur histoire.
J’ai fait, lors de mes propres expériences dans ces établissements, des rencontres fantastiques avec certaines d’entre elles qui figurent aujourd’hui parmi mes amis proches. J’ai également vu la limite du traitement « tout médicamenteux » des maladies psychiques. Aujourd’hui encore, de grands progrès restent à faire en matière de soins et d’accompagnement personnalisé.

 

Vous êtes vous-même experte en santé mentale en entreprise. Comment – et pourquoi – est-il nécessaire d’en parler ?
Cela fait 10 ans que j’accompagne des salariés à la santé mentale fragile. Le sujet est encore tabou en entreprise. Pourtant, 1 personne sur 4 sera touchée par des troubles psychiques au cours de sa vie. Il est indispensable de porter la même attention à sa santé mentale qu’à sa santé physique. L’entreprise a un rôle à jouer. A mon sens, il est urgent d’y remettre davantage d’intelligence émotionnelle et relationnelle.
Avec la crise du COVID, la parole s’est un peu libérée sur la santé mentale, mais beaucoup reste à faire. Il reste nécessaire de former les acteurs de l’entreprise, de lever les tabous sur le sujet, d’informer les salariés et le grand public de l’existence d’une variété de services ou de professionnels qui sont là pour aider celles et ceux qui ne vont pas bien et qui doivent oser demander de l’aide et parler.

 

Comment pouvons-nous mieux prendre soin de notre santé mentale ? Avez-vous des conseils pratiques ?
La 1ère chose est de veiller à son hygiène de vie ; d’avoir une alimentation équilibrée, un sommeil suffisant et régulier et de pratiquer une activité physique, quelle qu’elle soit. Ensuite, il faut identifier ce qui nous fait plaisir et se donner le temps de le faire. Pour le héros de mon livre, c’est le shopping et la mode, mais cela peut-être la lecture, la cuisine, d’aller boire un verre avec des amis, passer du temps en famille… peu importe, il faut se donner le temps de le faire ; de se « vider la tête ». Notre équilibre psychique est ce qui nous permet « d’être bon » à ce que l’on fait. L’autre clé, c’est la bienveillance envers soi, sans jugement.

 

Y a-t-il des points de vigilance particulier ?
Lorsque l’on éprouve une difficulté à accomplir une tâche habituellement simple, à s’organiser ou se concentrer, que l’on se sent particulièrement stressé ou que l’on éprouve des difficultés relationnelles et la volonté de s’isoler ou une forte irritabilité, des troubles du sommeil ou une variation de poids importante, c’est que quelque chose ne va pas. Il est alors indispensable d’agir ; de demander de l’aide à quelqu’un. Cela peut-être un proche, son médecin, un service social… Peu importe mais l’aide d’autrui est précieuse. Cela paraît peut-être simpliste, mais c’est le plus souvent en parlant d’un problème ou d’une difficulté que l’on trouve une solution. Nous devons tous développer une culture de la santé mentale et prendre l’habitude de consulter aussi facilement que pour des problèmes cardiaques ou visuels, par exemple.

 

Sans vouloir être indiscret, avez-vous d’autres projets d’écriture ?
Absolument ! Je reprends actuellement l’écriture de ce qui devait être mon premier livre, davantage basé sur ma propre expérience. Mais, en l’écrivant, j’ai ressenti comme un blocage et la nécessité de comprendre ce qui était arrivé à ma grand-mère ; peut-être de revenir aux origines. J’avance, mais il y a encore beaucoup à faire. En attendant, prenez soin de vous et de votre santé mentale.

Crédit Photo : Lucie Pastureau
Mar Galceràn
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